mercredi 17 septembre 2008

PEINTURE (2) – George Grosz, un peintre qui choque


Actuellement exposé à l’Expressionale, George Grosz interpelle. Pionnier du mouvement de la Nouvelle Objectivité, il a mis fin aux effusions sentimentales des expressionnistes, en critiquant fermement la réalité de la République de Weimar. Eléments
pour comprendre un peintre rebelle.


L’intensité expressive, l’absence de normes, les couleurs agressives : la Neue Sachlichkeit (Nouvelle Objectivité, Nouveau réalisme) est bien la fille de l’expressionnisme allemand. Mais la Première guerre mondiale ayant ravagé l’Europe et détruit la Prusse confère aux artistes une nouvelle responsabilité politique. Désormais, l’art est une arme.

Retour à la réalité

Otto Dix, Wildwest, 1922

L’Allemagne de Weimar a du mal à se relever de la guerre des tranchées. La pauvreté règne, seuls les « opportunistes de guerre » s’en sortent. Dès lors, les artistes allemands utilisent leur pinceau à des fins politiques et crient aux inégalités sociales. Les toiles ne sont plus le reflet des émotions secrètes du peintre, mais celui de la société malsaine et corrompue de l’après guerre. La volonté de représenter le réel en vue de le changer l’emporte sur le désir de partager son ressenti. « Tout art est exorcisme » disait Otto Dix. Considéré comme un « art dégénéré » par les nazis, le mouvement s’éteint en 1933, en même temps que son père l’expressionnisme.


George Grosz, la caricature dans l’âme

George Grosz, Schönheit, dich will ich preisen, 1919

L’exposition l’Expressionale est l’occasion de découvrir un des maîtres de cette école allemande : Georg Groβ, qui changera son nom en anglais par provocation vis-à-vis de la haute société allemande anglophobe. Par l’exagération caricaturale, le peintre montre avec vérisme l’état de la société de l’après guerre. Tout le monde y passe : les gros propriétaires terriens (bien gras), les prussiens haut-fonctionnaires (avec le monocle), les bourgeois passifs (avec une bouteille à la main), le clergé et les militaires. Des profiteurs de guerre : voilà ce qu’ils sont ! L’artiste observe la réalité quotidienne et assassine ses concitoyens avec ses crayons. Ses œuvres témoignent de son don de visionnaire. En 1921, Grosz dessine déjà des croix gammées sur les cravates des politiciens opportunistes…alors que le NSDAP n’est pas encore connu à Berlin. Fervent communiste, il dénonce d’abord la répression absolue de la Révolution communiste de 1918 dans son tableau « Le droit habite chez les plus puissants » (Das Recht wohnt beim Überwaltiger ») Mais un voyage de cinq mois en URSS en 1922 le conduira à quitter définitivement le parti communiste allemand. Une lucidité précoce sur le caractère dictatorial du régime soviétique.

Des œuvres érotiques

Début janvier 1933 : Grosz quitte l’Allemagne pour les Etats-Unis, craignant l’arrivée d’Hitler au pouvoir…ce qui sera chose faite à la fin du mois. Là-bas, il troquera les caricatures politiques pour des caricatures érotiques. L’exposition l’Expressionale présente une trentaine de ces œuvres surprenantes pour l’époque. Entre animalité et humanité, les êtres sont peints avec une certaine pureté. Le peintre se représente d’ailleurs à plusieurs reprises assouvissant ses fantasmes. Et ajoute un pénis aux femmes… pour mieux percer le secret de leur jouissance sexuelle. Ces œuvres hors du commun sont sûrement réunies ensemble pour la dernière fois. Comme la plupart des tableaux de l’Expressionale, ceux de Grosz sont également destinés à la vente. Quand commerce et art font bon ménage. Une chose qui aurait certainement déplu à l’artiste engagé.

"Kauernder Rückenakt nach links und sitzender Maler",1940


Cécile Leclerc (www.lepetitjournal.com/berlin.html)

dimanche 14 septembre 2008

PEINTURE (1) – L’expressionnisme allemand, des états d’âme sur une toile



(Mon séjour chez Le petit Journal de Berlin est maintenant terminé, une page s'est tournée, une autre est en train de s'écrire à Strasbourg! A vous qui n'avez peut être pas pu lire tous les articles publiés sur le site du journal, voici une sélection de mes articles "coups de coeur"! Bonne lecture!)



Cet été, deux musées berlinois consacrent leurs expositions à la peinture expressionniste allemande. L’occasion de revenir sur un des plus grands mouvements artistiques de l’Allemagne. Et de découvrir un de ses maîtres.



Début du XXème siècle. Le nationalisme gronde, la guerre se fait proche. La psychanalyse apparaît, on extériorise ses angoisses. Alors que la photographie se perfectionne, l’art pictural perd sa fonction privilégiée de reproduction objective de la réalité. Les artistes d’Europe du Nord se tournent vers la projection de leur subjectivité. L’expressionnisme voit le jour.


S’affranchir des normes, délivrer ses émotions
Josef Scharl : Straβenszene (1930) http://www.expressionale.de/

Fini l’impressionnisme français de Cézanne et Renoir qui s’attache à décrire la réalité physique des choses. Finies les reproductions impeccables de paysages du naturalisme. Détruire les vieilles conventions : tel est le mot d’ordre des premiers expressionnistes allemands. L’artiste doit donner libre cours à son inspiration. Sa toile devient le lieu de l’épanchement de ses émotions. Une scène de rue, un rire, un visage, un corps nu : la simplicité est de retour, l’individu au centre de l’attention. Les peintres allemands tournent le dos à l’industrialisation et se dressent contre l’académisme de la société. Point de perspective dans leurs œuvres mais des lignes acérées et des couleurs criardes. En somme, une peinture agressive pour atteindre la plus grande intensité expressive. Un art qui sera qualifié de « dégénéré » par les nazis. L’arrivée d’Hitler au pouvoir en 1933 marque la fin de l’expressionnisme allemand. De nombreuses œuvres sont détruites ou brûlées, les artistes s’exilent ou se suicident.


Ernst-Ludwig Kirchner, pionnier de l’expressionnisme allemand

Amerikanische Tanzpaar, 1910/1911

En 1905, Kirchner fonde avec trois autres peintres le mouvement « Die Brücke » (le pont). Leur mot d’ordre : s’affranchir du style académique et ouvrir de nouveaux chemins dans l’expression artistique. A l’occasion des 70 ans de la mort de l’artiste, qui s’est suicidé en 1938, ne supportant plus de voir qu’on assassine son œuvre sous ses yeux, le « Brücke-Museum » de Dahlem lui rend hommage par trois expositions en 2008 et 2009. La première, « Meisterblätter », présente une centaine de ses œuvres. Griffonnées au crayon de mine ou à la craie, ses dessins sont le miroir de ses émotions. Le fond prime sur la forme. Quelques traits suffisent, qu’ils soient fins à l’encre de chine ou gras au charbon, les formes prennent vie : le rebord d’une fenêtre, le sommet d’une montagne, un sein rond, un entrejambe. Kirchner croque aussi bien les villes de Dresden et Berlin et les montagnes de Suisse que ses concitoyens bourgeois. A l’honneur : la beauté féminine. Seules ou en couples, les femmes sont nues sur des tableaux dénudés. Le vide a sa place dans ces portraits où la simplicité est de mise. Des couleurs acides viennent parfois embellir le tout. Ici, un fond vert turquoise. Là, une ligne orangée et un gribouillage rouge. « Kircher dessine comme d’autres écriraient » affirme l’artiste lui-même. Ses toiles sont le reflet de son vécu et de ses sentiments. Et nous inspirent à notre tour de l’émotion.

Ernst Ludwig Kirchner, Paar, 1908



Cécile Leclerc (www.lepetitjournal.com/berlin.html)

mardi 22 juillet 2008

migr(H)AINE

eniargim, ginemari, raimgnei, mairneig, migraine
Je tourne et retourne les lettres dans ma petite tête. Dans ce qu'il en reste.
Mon cerveau est encerclé par ce sang qui frappe, bat, bout. Je vais exploser, c'est pas possible.
Rideaux clos, Chopin en fond sonore (niveau 4), je m'immerge sous la couette. Noir Noir Noir Noir: est ce moi, ça? BUNT, où es tu donc passée?
JE est un autre. Le corps et l'esprit. Deux entités. Unité, reviens moi!!
Froid et chaud, chaud et froid. Envie de jeter ma cervelle contre un mur, envie de sortir de ce corps souffrant, envie de pleurer, envie de rien. L'espoir du lendemain, d'un jour sans ce sang envahissant mes tempes...
SATT!



Un ciel-évasion...
De mon balcon

mercredi 4 juin 2008

Le petit journal


Depuis deux jours, me voilà stagiaire pour l'édition allemande (plus précisément berlinoise) du petit journal.

Pour me lire : http://www.lepetitjournal.com/berlin.html

Je vous laisse deviner le sujet de mon premier article :-) Indice: il paraîtra seulement dans 13 jours !!

Bien à vous, Cécile

mercredi 14 mai 2008

Mémoire(s) en Allemagne du 17 juin 1953

Voilà ce qui m'a occupé l'esprit durant plus d'une année: le 17 juin 1953 a rôdé, m'a hantée, ensorcellée et passionnée :)

Mémoire, mon beau mémoire, te voilà terminé!

Résumé de mon travail de recherche (pour les intéressés, je peux vous l'envoyer par mail)


Quelle place pour le 17 juin 1953 dans l’Allemagne d’aujourd’hui ?

Près de vingt ans après la réunification allemande, il est intéressant de s’interroger sur la mémoire de cette insurrection populaire née à Berlin, puis propagée dans toute la RDA. Survenue quelques années à peine après la chute du régime nazi, le 17 juin 1953 s’inscrit dans la tradition des soulèvements d’Europe de l’Est contre les régimes communistes.
Basée sur un travail de terrain réalisé au cours de l’année de mobilité, cette étude vise à dresser un état des lieux de la mémoire collective allemande en 2007. Quelle lecture du 17 juin 1953 est faite par les divers acteurs sociaux et politiques ? De quelle manière cette instrumentalisation du passé permet de répondre aux besoins du présent ?

Loin d’aider à la constitution d’une identité commune à l’Allemagne réunifiée, le 17 juin est aujourd’hui au cœur d’une « compétition mémoriale ». Historiens, partis politiques, journaux, institutions publiques et associations privées cherchent à imposer leur propre interprétation de l’événement. Entre exacerbation et occultation, travestissement et tabous, travail de mémoire quotidien et silence constant, la date fait l’objet de toutes les controverses.
Face à la multitude de ces mémoires, le citoyen allemand reste désintéressé, tourné vers l’avenir. En ce sens, le 17 juin est révélateur du rapport ambigu de la société allemande à son passé. Il fait honte et ne permet pas de construire un héritage commun, quel qu’il soit. La page de la partition du pays est déjà tournée, l’indifférence est ancrée dans les mœurs.


Entre passé et présent, la mémoire invite aussi à se poser la question du futur : ne va-t-on pas vers une disparition du 17 juin de l’espace public ?

jeudi 27 mars 2008

A quelques mois des JO de Pékin : pour un boycott de la cérémonie d’ouverture


Depuis le discours du Dalaï-Lama le 10 mars et les émeutes qui ont suivi, la question tibétaine réapparaît sur la scène publique de nos démocraties occidentales. A quatre mois des JO, les tibétains ont bien compris qu’ils devaient saisir l’aubaine pour faire éclater leur colère aux yeux des observateurs extérieurs. Sous le joug chinois depuis 1959, le peuple tibétain a toujours suivi la voie pacifique de son leader le Dalaï-Lama et ses revendications d’autonomie de la région du Tibet. Mais les nouvelles générations, enfants de la colonisation confrontées aux inégalités criantes entre Hans et Tibétains, viennent de crier « stop ! ». Non à cette prison et à ce déni d’identité, Oui à la liberté ! C’est le cri démocratique d’un peuple sous tutelle !

Le passage à la démocratie des régimes autoritaires d’Amérique Latine ou –ce qui nous est plus proche- des pays communistes d’Europe de l’Est est le fruit d’une subtile combinaison d’un bouillonnement interne et d’une poussée externe. Les citoyens des Lundis de Leipzig ont manifesté des semaines durant pour une « liberté durable », tandis que les pays de la Communauté Economique Européenne de l’époque et les Etats-Unis n’ont cessé dès les années 1980 de revendiquer une démocratisation de ces régimes d’Europe de l’Est. Et que dire de Ceaucescu, tombé –en partie- par la pression des pays externes ?

Le rôle de la diplomatie en matière de démocratisation n’est plus à démontrer. Il n’est pas question d’ingérence mais de prise de position en matière de droits de l’homme et de libertés fondamentales. Le silence peut à l’inverse coûter très cher.

Les événements actuels du Tibet sont uniques. Les derniers grands mouvements de protestation remontent à l’année de la chute du mur de Berlin, c’est dire. Les démocraties du monde entier ont ici un rôle à jouer : il est de leur devoir de faire pression sur Pékin, afin de mettre fin à la tutelle chinoise sur le peuple tibétain. L’occasion ne se représentera pas de sitôt. Alors que la marmite bout, il faut pousser la main chinoise à soulever le couvercle.

Alors quoi ?
Les beaux discours ne suffisent pas. Un boycott des JO dans leur intégralité paraît difficile. Il ne s’agit pas de priver les athlètes d’une compétition sportive attendue. En revanche, l’appel d’Asie Reporters sans frontières à un boycott de la cérémonie d’ouverture pourrait faire son effet. Le sport est lui aussi politique : le président chinois va tout de même déclarer ouverts les JO, proclamant ainsi les valeurs du sport, tels le fair-play, la participation de tous, le respect des concurrents. Contraste saisissant avec la situation interne de son pays.

Si les chefs d’Etat des nations démocratiques du monde entier font figure de grands absents, Pékin recevra une claque en pleine figure. Un Etat n’est rien sans souveraineté externe, c’est-à-dire sans reconnaissance sur la scène internationale. Le gouvernement devra revoir sa politique envers le Tibet, mais également envers les autres minorités écrasées. Se sentant soutenu par l’extérieur, les victimes de la politique chinoise gagneront en courage.

Si, à l’inverse, les chefs d’Etat s’assoient les yeux fermés aux côtés des autorités chinoises, la cérémonie d’ouverture des JO sera celle de la consécration de la Chine dictatoriale –et la remise en cause des belles valeurs du sport. Pékin aura son feu vert pour maintenir sa domination sur le peuple tibétain, et ce, pour un certain temps.

Cette comédie a assez duré. Nos chefs d’Etat doivent prendre leurs responsabilités en main et réfléchir sérieusement aux conséquences de tels actes.

Contre une légitimation de la Chine moderne = pour un boycott de la cérémonie d’ouverture!

samedi 16 février 2008

Berlin, mon amour

Un matin, l'envie lui prit de plonger dans son passé berlinois. Elle relut le rapport de son année Erasmus et décida d'en publier une partie sur son blog.
B-E-R-L-I-N: six lettres, deux syllabes, une réaction: son coeur se met à battre.
Hommage.

Berlin : je ne connaissais pas grand-chose sur cette ville dont je suis vite tombée amoureuse. Son histoire m’a passionnée : lieu de toutes les tragédies allemandes du XXème, de nombreux quartiers témoignent de son passé. Le feu de la Potsdamer Platz rappelle que cette place était le centre des Années Folles, les rares vieilles bâtisses laissent imaginer la période prussienne… Car Berlin paraît jeune, neuve, sans histoire avant la fin de la seconde guerre mondiale. Tout a été détruit : ne restent que les endroits connus (ici devait être le Bunker d’Hitler ; ici était situé le château prussien ; …). Le musée de l’histoire de l’Allemagne témoigne de ce passé, les films des Alliés montrent Berlin à nu, en ruines, à l’heure « Zéro » (« Stunde Null »). L’Unter den Linden n’est en fait qu’une reconstitution (de grands bâtiments blancs imposants) et ça se sent.

Mais avant toute chose, Berlin est le miroir de la partition de l’Allemagne : deux villes en une. Dix-sept ans après, cette division est toujours perceptible. Deux centre-ville (Zoologischer Garten et Alexander Platz), deux gares principales (Zoologischer Garten et Ostbahnhof), trois opéras (deux à l’Est, un à l’Ouest)… Deux villes séparées par une frontière naturelle : le grand parc de Tiergarten, qui amplifie la scission. Des bouts du mur sont encore visibles ici ou là. Cependant, ils se font rares : Berlin et l’Allemagne souhaitent tourner la page et aller de l’avant. En ce sens, la nouvelle grande gare Hauptbahnhof construite en 2006 est située entre les deux centres, non loin du nouveau quartier politique également très symbolique puisque les bâtiments engendrent les rives Ouest et Est de la Spree, ancienne frontière naturelle. La Potsdamer Platz témoigne de ce désir : un quartier high-tech avec de hauts building se dresse sur l’ancien No Man’s Land.

Berlin me semble osciller entre passé et avenir et c’est ce qui fait tout son charme. Les rues ont traversé les périodes sombres de l’histoire : l’actuel Ministère des Finances est situé dans un bâtiment hitlérien, étant par la suite le siège de « la maison des Ministères » (haute instance) sous la RDA. Le récent mémorial de la Shoah illustre également le désir de ne pas oublier, tout comme celui de se tourner vers demain grâce à son architecture « moderne ».

C’est donc dans une ville moderne, pleine de ressources, riche historiquement parlant que j’ai établi refuge. Toutefois, la fracture Est-Ouest est encore perceptible dans l’architecture communiste typique de l’Est et dans le bas coût de la vie (loyers, denrées,..) : pas étonnant que la plupart des étudiants s’installent à l’Est. Toutes les blessures ne sont pas refermées : le vent d’Ost-algie soufflant sur les « nouveaux Länder » se fait entendre à Berlin. Les jeunes ne se différencient plus (on est européen avant tout, puis allemand), mais je perçois tout de même une certaine fierté des jeunes originaires de RDA. Mes amitiés nouées ont permis de m’en rendre compte : ils n’ont pas vécu la même histoire, et considèrent la réunification comme une absorption de la RDA par la RFA plus que comme la création d’un nouvel Etat. Cela se ressent d’autant plus chez les « plus âgés » (grand-parents d’amis). D’ailleurs, à Berlin, on est fier d’avoir son Ampelmann (feu de signalisation routière différent et typique de l’Est), même si celui-ci est vite devenu objet de consommation touristique.

Berlin est surprenante par sa taille. On dit qu’elle équivaut à neuf fois Paris intra-muros. Cela accentue la séparation de la ville. Habitant à l’Est, je devais compter sur une heure de transport en commun pour me rendre à l’Ouest pour mon stage. U-Bahn (métro), S-Bahn (entre train, RER et métro aérien), bus, tramway (typique de l’Est !! ils se font rare à l’Ouest) : à Berlin, tout est loin ! Impossible de se promener à pied si l’on veut être à l’heure. Du coup, les Berlinois ont trouvé une solution efficace : le vélo !! Dès les premiers rayons de soleil perceptibles au printemps, les deux-roues envahissent les rues. Des voies leur sont bien entendu exclusivement réservées. D’ailleurs, tous les étudiants ont leur vélo acheté à très bas prix au marché aux puces du coin. Et l’été, c’est un bonheur de déambuler le long des lacs berlinois, dans ses forêts … Car Berlin est la capitale la plus verte d’Europe : chaque quartier a son parc, le centre est envahi par Tiergarten, et les environs regorgent de forêts et de lacs. L’été, les berlinois transportent leurs barbecues et pique-niquent dans les parcs, avant de faire une petite plonge (nue le plus souvent : nous sommes à l’Est, point de pudeur) dans un lac. C’est de mise.

Berlin m’a également séduite par sa richesse culturelle : plus d’une centaine de musées tous aussi enrichissants les uns que les autres, opéras, théâtres, Philharmonie, cinémas en plein air et en version originale,… Ce monde de la culture tend les bras aux étudiants : possibilités d’avoir des tickets au dernier moment à 8 euros pour une pièce de théâtre ; musées nationaux gratuits tous les jeudis ; place d’opéra à 10 euros une heure avant la représentation….en étant située au premier rang !! La mairie a mis en place une politique de démocratisation culturelle auprès des jeunes et ça marche. Par ailleurs, j’ai eu la chance d’assister au festival de cinéma de la Berlinale en février 2007. Au-delà de la sélection officielle, j’ai pu découvrir d’autres films présentés pour l’occasion. J’ai cependant trouvé que ce festival n’émeut pas les foules berlinoises, il dépasse largement le cadre local et rassemble plutôt les amateurs cinématographiques du monde entier.
Berlin est avant tout la capitale politique de l’Allemagne réunifiée : son quartier politique aux bâtiments modernes transparents situé sur les deux rives de la Spree est un monde à part. Pour mon plus grand intérêt, Berlin a joué un rôle primordial en ce début d’année 2007 : à la fois présidente du G8 et présidente du Conseil Européen. J’ai d’ailleurs eu l’honneur de participer à l’Europafest de mars 2007 célébrant les cinquante ans des Traités de Rome. Vivre au cœur de la capitale allemande m’a permis de m’intéresser de plus près à l’actualité politique du pays, notamment par la lecture de l’hebdomadaire Der Spiegel.

Enfin, vivre à Berlin signifie vivre dans une ville allemande, vivre « à l’allemande ». Je connaissais les habitudes alimentaires des allemands : petit déjeuner à la hâte le matin, parfois un petit encas vers 11h, un petit plat pour le déjeuner à n’importe quelle heure (entre 12h et 15/16h), Abendbrot à partir de 18h (point de repas, mais de la charcuterie, fromage et autres sur du pain). En Allemagne, on mange dès lors que l’on a faim. Je me suis rapidement fait à ce rythme, notamment en délectant les diverses sortes de Brötchen (petits pains) aussi bien au pavot, aux noix, aux graines de tournesol, aux graines de citrouille,…. Si un petit creux se fait sentir, les allemands n’hésitent pas à sauter sur les Bretzel (délicieuse pâte de brioche salée) ou sur la spécialité berlinoise : la Curry Wurst, soit la traditionnelle saucisse allemande mais à la sauce curry. De nombreux marchands déambulent les rues avec leurs barbecues en ceinture et en vendent aux passants affamés. Lors des repas « de fête », il est de coutume de manger un bon plat vers midi, de faire une pause, et de reprendre du gâteau vers 16h avec du café (café au lait ou à la crème). Les gâteaux allemands sont succulents (au fromage blanc, aux fruits,..) mais toujours bien lourds. J’ai réussi à obtenir quelques recettes secrètes des grand-mères ! Enfin, les allemands sont de vrais buveurs de bière (il ne s’agit pas d’un cliché). Ils peuvent en avaler un certain nombre à la suite. J’ai moi-même appris à différencier les bières des différents Länder.
Mais les coutumes alimentaires ne sont pas un critère descriptif suffisant. Vivre en Allemagne un an m’a permis de constater que les allemands ont un sens civique plus développé que le nôtre. En témoigne le tri sélectif systématique entré dans les mœurs : nous avions quatre poubelles dans notre cuisine (une pour le papier, une pour le verre, une pour les points jaunes, une pour les détritus). On trouve même ces poubelles dans les lieux publics. De plus, presque toutes les bouteilles de verre et de plastique sont consignées. Il est d’usage de payer une bouteille de bière à un prix plus élevé, de la conserver, et de la ramener dans un magasin afin de récupérer une caution. Tous les supermarchés sont équipés de ce genre de machine. Là encore, une idée à creuser et à exporter chez nous… Cela dit, Berlin n’est pas la ville la plus représentative de la conscience écologique des allemands. Des progrès sont encore à réaliser (concernant la propreté des rues par exemple).

Par ailleurs, même s’il est vrai que les allemands sont ponctuels, aimant les règles et directs, il est faux d’affirmer qu’ils sont enfermés dans ce carcan de la règle. Au contraire, ils font preuve de souplesse et sont très ouverts (en témoigne par exemple leur impudeur dans les vestiaires des douches de piscine : alors qu’en France, il est de rigueur de garder son maillot de bain, en Allemagne, point de complexe !). Je dirais plutôt qu’ils aiment la mesure et sont très autonomes (comme on leur a appris très tôt, ce qui se ressent d’ailleurs à la faculté dans leurs réflexions). A la suite de la philosophie de Kant… Mais je n’aime pas brosser le portrait de « nationalités ». Chacun est unique, tout le monde est différent. Surtout à Berlin, capitale multiculturelle. Le quartier de Kreuzberg en est illustrateur : turcs, émigrés de l’Est, artistes, étudiants, punks,… C’est un quartier «salade niçoise ». J’aime Berlin pour cette tolérance et cette « multiculturalité ».

Enfin, rester une année en Allemagne a été pour moi l’occasion de vivre les différentes fêtes annuelles. Le 3 octobre (fête nationale célébrant la réunification de 1990) m’a d’abord paru comme un banal jour férié, sans travail. En effet, les allemands sont beaucoup plus attachés au 9 novembre, jour de la chute du mur. Malheureusement, cette date a d’autres événements tragiques (abdication de d’Empereur en 1918, putsch d’Hitler en 1923 et nuit de cristal en 1938). Les fêtes populaires sont les plus importantes. La Saint-Nicolas le 6 décembre permet d’entrer dans cette période magique de l’Avent. Nombreux sont les marchés de Noël dans Berlin. Malheureusement, le charme d’antan a laissé place à la société de consommation… J’ai eu la chance de boire le Feuerzangenbowle chez des amis lors de cette période de l’Avent (boisson traditionnelle à base de rhum à faire cuire au dessus d’une cocotte minute). Pâques est une date également importante : en Allemagne, le lapin apporte les œufs. Aussi, chaque maison possède un arbre ou une plante décoré(e) d’œufs peints en attendant le Jour J. Enfin, le 1er mai, fête du travail, a été récupéré par les mouvements anarchistes et extrème-gauche pour faire entendre leurs voix.

Dix mois. Près de 300 jours. J’ai tellement vécu, découvert, appris, rencontré, visité et aimé lors de ce séjour. Je suis devenue Berlinoise. Et c’est le cœur gros que j’ai quitté la capitale allemande…





« Die Berliner sind unfreundlich und rücksichtslos, ruppig und rechthaberisch, Berlin ist abstoβend, laut, dreckig und grau, Baustellen und verstopfte Straβen wo man geht und steht – aber mir tun alle Menschen leid, die hier nicht leben können ! »
Anneliese Bödecker

« Les Berlinois sont antipathiques, sans égards pour autrui et grossiers. Ils aiment avoir le dernier mot ; Berlin est repoussant, bruyant, sale et gris ; à chaque coin de rue, il y a des travaux, les rues sont bouchonnées – pourtant, je plains tous les gens qui n’ont pas la chance de vivre ici ! »